Le Béarn et les guerres au XIIIe siècle

(par Arnaut-Guilhem)

 

La croisade en Albigeois

En ce début de XIIIème, une hérésie d’une puissance redoutable progressait en Occident et le Languedoc était devenu terre d’élection du catharisme. Cette hérésie continuait donc à progresser dans le Midi et tous s’attendaient à une intervention vigoureuse du nouveau pape, qui ne se fit pas attendre, et dans une bulle du 10 mars 1208, Innocent III prit les premières dispositions qui aboutirent à l’organisation d’une croisade : La croisade en Albigeois ! Parmi les vassaux d’Ile de France à s’engager dans cette croisade se trouvait Simon de Montfort, qui ne tarda pas à en prendre la direction. A la fin 1209, le pape ordonna aux comtes de Foix e

t de Comminges, au vicomte de Béarn de ne gêner en rien l’action des croisés qui venait d’être marquée par la terrifiante mise à sac de Béziers et la capitulation de Carcassonne. Pourquoi un tel ordre de la part du pape envers le vicomte de Béarn? Tout simplement parce que Gaston VI de Béarn, dit le Bon, était à la fois comte de Bigorre, qu’il administrait au nom de son épouse Pétronille de Comminges ou de Bigorre, et vicomte de Béarn et que par devoir vassalique envers Pierre II d’Aragon, dit le Catholique, il se trouvait dans le camp des Méridionaux  bien que l’hérésie n’ait eu aucune prise sur ses terres.
A l’automne 1211, les seigneurs Méridionaux, dont Gaston VI de Béarn, avec l’aide de routiers navarrais, contraignirent Simon de Montfort à lever le siège de Toulouse. Ils s’engagèrent ensuite dans l’assaut manqué pour libérer Castelnaudary.
Le 12 Septembre 1213, à Muret, l’armée de Pierre II d’Aragon fut complètement écrasée par la chevalerie d’Ile de France menée par le redoutable Simon de Montfort. N’ayant pu rejoindre à temps, Gaston VI de Béarn, ses Béarnais et ses Bigourdans, ne prirent pas part à la bataille. Sûr de sa supériorité, le roi d’Aragon avait engagé le combat sans attendre la concentration de toutes ses troupes. Pierre II d’Aragon périt dans une mêlée au cours de cette bataille.
Sa mort mit un terme définitif au rêve d’un empire fédéral à cheval sur les Pyrénées voulu par son père.

 

La croisade contre les Almohades

Répondant aux exhortations de l’archevêque de Tolède Rodrigue, Jiménez de Rada, Innocent III prêcha la croisade contre les Almohades. Pour assurer son succès, il demanda aux rois de la péninsule ibérique de mettre fin à leurs rivalités et aux chevaliers d’outre-Pyrénées d’intervenir en masse. Le roi d’Aragon accepta de s’entremettre pour apaiser les conflits mettant aux prises Castillans, Navarrais et Aragonais. Quant à l’appel aux chevaliers français, il connut un succès énorme surtout auprès de seigneurs du Sud Ouest et de l’Ouest de la France au nombre desquels figuraient Gaston VI de Béarn et ses chevaliers.
L’armée chrétienne se concentra à Tolède pour la Pentecôte 1212. Le 15 Juillet 1212, à Las Navas de Tolosa, sur la route d’al Andalous, les royaumes chrétiens ibériques remportèrent une victoire décisive et frappèrent à mort l’empire des Almohades. Un peu plus d’un an après cette éclatante victoire, la déroute de Muret, le 12 Septembre 1213 et la mort de Pierre II d’Aragon, mettront fin à l’influence aragonaise sur  la vicomté de Béarn et son engagement au sud des Pyrénées.

 

Perte de la vicomté du Brulhois

Son soutien à Pierre II d’Aragon dans le camp des Méridionaux, son incapacité à n’avoir pu empêcher une bande de routiers de commettre un sacrilège puis d’incendier le palais épiscopal d’Oloron et l’accusation d’avoir donné asile au meurtrier du légat valurent à  Gaston VI de Béarn d’être excommunié par Innocent III. Ne bénéficiant plus de la protection de ses terres par l’Eglise, ces dernières furent exposées en proie, c’est à dire mises à la disposition de ceux qui seraient capables de les conquérir. C’est ainsi que la petite vicomté du Brulhois, près d ‘Agen, fut prise par un groupe de croisés aquitains.
En 1214, peu de temps avant sa mort, Gaston VI de Béarn fut remis en possession du Brulhois et ses autres terres furent remises à l’abri d’une confiscation.
En effet, peu de temps après la défaite des Méridionaux à la bataille de Muret, les alliés et vassaux du roi d’Aragon se tournèrent vers la papauté pour obtenir son pardon. C’est ce que fit Gaston VI de Béarn. Le légat Pierre de Bénévent accepta la demande de Gaston VI de Béarn et confia ses pouvoirs à l’évêque d’Oloron, Bernard de Morlanne, puisque c’était dans son église qu’avait eu lieu le sacrilège entraînant l’excommunication du vicomte. A titre de compensation, ce dernier remit sa seigneurie à l’évêché d’Oloron sur les bourgs de Sainte-Marie et de Saint Pé.

 

Guerre avec la vicomté de Louvigner

En 1232, une forte guerre opposa Gaston VII de Béarn, dit Froissard, à Arnaud Guilhem de Marsan, vicomte de Louvigner dont l’origine semble être les oppressions que ce dernier infligeait ordinairement à Bernard, abbé de La Réole en Béarn. Gaston VII étant maître de la terre où était fondé le monastère, il se vit obligé de l’assister et de donner protection à l’abbé et par le même moyen, de retirer à soi sa Cour et terre de Garos que le vicomte Arnaud Guilhem occupait, en ayant été investi pour un temps par Garsende, mère de Gaston VII.
Cette guerre prit fin suite à un accord entre les deux seigneurs.

Nota : Article du Vieux For de Béarn ‘… qui ordonne que les Béarnais sont obligés de secourir leur seigneur et porter les armes par son commandement hors la province, en cas que ses voisins refusent de lui faire raison, suivant ce qui sera conclu et arrêté entre la Cour de Béarn et celle du voisin.’

 

Coalition contre l’autorité du roi de France

En mai 1242, Gaston VII rejoignit la coalition menée par Hugues X de Lusignan pour s’affranchir de l’autorité de Louis IX au profit d’Henri III d’Angleterre, toutefois, les rebelles furent vaincus lors de la bataille de Taillebourg. Battu par les armes et mis en fuite, Henri III se retira à Saintes puis à Blaye et revint vers Bordeaux. Henri III récompensa largement les seigneurs qui avaient lutté pour lui.
Ainsi, Gaston VII se rendit à Bordeaux, accompagné de 60 chevaliers à la solde du roi d’Angleterre moyennant treize livres sterling par jour jusque la fin de l’année 1243. C’est avec cet argent que Gaston VII finança la construction de la Tour Moncade à Orthez et fit de cette dernière ville la nouvelle capitale de la vicomté.

 

Gaston VII de Béarn et Simon V de Montfort

 

Révolte contre l’influence anglaise.

A partir de 1244, à l’image des Gascons versatiles et guerriers, il incarne l’âme de la révolte gasconne contre les anglais, à qui appartenait la Guyenne à cette époque, peut-être pour forcer Henri III à ‘acheter‘ son retour à l’obéissance. Il s’opposa à Simon V de Montfort, comte de Leicester, lieutenant général en Gascogne, pour avoir séduit la propre sœur du roi Henri III. Ce dernier n’était autre que le fils de Simon de Montfort qui avait conduit la croisade contre les albigeois quelques années plus tôt.
En 1246, Gaston VII, Raymond VII de Toulouse et les Albret soutinrent Gueraud de Fezensaguet (Gueraud VI d’Armagnac), fils de Roger de Lomagne, vassal aquitain, dans un différend qui l’opposait à son parent le vicomte de Lomagne Arnaud Othon (époux de Mascarosse d’Armagnac). Ce dernier était soutenu par Simon V de Montfort, représentant du roi d’Angleterre. En tant que vicomte de Lomagne, il devait allégeance au comte de Toulouse. Battu par les armes, Gueraud VI d’Armagnac fut fait prisonnier par son rival.

 

Révolte de Dax.

En 1249, Gaston VII mata durement la révolte de Dax : les Dacquois en appelèrent alors à Simon V de Montfort. Celui-ci battit le béarnais en juin 1249 et le fit prisonnier. Gaston VII fut envoyé en prison en Angleterre, mais fut rapidement libéré par Henri III lorsqu’il apprit la supercherie suite à laquelle il avait emprisonné contre l’honnêteté et la foi publique. En effet, Simon V de Montfort ne s’était rendu maître de Gaston VII que lorsque ce dernier vint à lui, sur sa parole et son sauf-conduit, pour demander humblement grâce au roi d’Angleterre, pour sa vie, ses membres et les fiefs qu’il détenait, se remettant entièrement à sa miséricorde et non à sa justice.
De retour en Gascogne, il trouva son homme de confiance, Bernard de Landas, a qui il avait confié le gouvernement du Béarn durant son absence, en conflit avec Simon V de Montfort. Afin d’éviter un nouvel embrasement en Gascogne, Henri III rappela Simon en Angleterre.

 

Guerres d’influence avec ses voisins

 

Protection de la Bigorre et du Chabanais.

Gaston VII se déclara protecteur de son voisin Esquivât IV de Chabanais, petit neveu de sa femme Mathe de Matha, se porta caution pour ce dernier à plusieurs reprises et soutint le comte de Bigorre contre ses nombreux ennemis.
Si Gaston VII accepta les termes du testament de sa mère Pétronille, en faveur d’Esquivât IV de Chabanais, il contestait l’appropriation abusive de la Bigorre et du Chabanais par Simon V de Montfort qui avait profité de la situation de faiblesse du nouveau vicomte. En conséquence, Gaston organisa une nouvelle rébellion et assiégea en mars 1252 le château de La Réole, resté fidèle à Simon. Le Parlement anglais décida d’arbitrer le différend entre le vicomte de Béarn et Simon V avant de trancher pour ce dernier, malgré Henri III. En conséquence, Gaston VII se retourna vers Alphonse X de Castille qu’il reconnut comme suzerain aux dépens de la couronne anglaise. Le roi d’Angleterre ne pouvant accepter cette trahison, décida de prendre les choses en main personnellement et débarqua à la tête de ses troupes à Bordeaux, aux côtés de Simon V de Montfort, il reprend rapidement La Réole. En tant qu’ancien croisé, Henri III obtint l’excommunication papale de Gaston VII et partit ravager le Béarn en représailles. Gaston assiégea en vain Bayonne en 1254. Il dut se soumettre après avoir appris que son allié Alphonse X de Castille, non seulement ne viendrait pas à son aide, mais avait donné sa sœur Aliénor en mariage au jeune Edouard d’Angleterre.

 

Invasion de la Bigorre.

Toujours aussi querelleur, Gaston VII envahit la Bigorre en 1256 pour récupérer les biens de Mathe de Matha, son épouse, qu’Esquivât IV de Bigorre, ne voulait pas lui rendre (notamment le Chabanais). Soutenu par Gueraud VI d’Armagnac, il fit le siège de Tarbes, avant de se réconcilier avec son petit neveu, sous l’égide du prince Edouard d’Angleterre, venu remettre de l’ordre en Gascogne. A cette époque, Gaston VII fut un soutien actif du prince Edouard. Il força Augier, vicomte de la Soule, à échanger en 1261 sa vicomté contre des terres dans les Landes, comme le voulait l’Anglais, puis obligea l’héritière du château de Navailles à vendre son château à Edouard.

 

Guerre avec le comte de Comminges.

En 1263, Bernard VI de Comminges tenta de reprendre de force le Nebouzan, mais après avoir chassé les garnisons béarnaises, il ne put s’opposer à la contre-attaque de Gaston VII. Ce dernier refusa la médiation d’Alphonse de Poitiers qui ne souhaitait pas voir le Béarnais punir trop durement le comte de Comminges. Finalement, ce ne fut que 4 ans plus tard, en 1267, que les deux rivaux se mirent d’accord pour mettre fin à 35 ans de lutte entre les deux maisons.
Gaston VII conserva le Nebouzan, mais abandonna ses droits sur le Comminges (détenus par Mathe de Matha, fille de Pétronille). Quant au Couserans, les deux hommes reconnurent qu’il ne devait dépendre que du Comminges.


Rapprochement avec le prince d’Angleterre.
Au cours de l’année 1265, le prince Edouard 1er d’Angleterre, roi des Romains, s’évada de la Tour de Londres. Il avait été emprisonné après sa défaite contre Simon V de Montfort, comte de Leicester, chef et général de la noblesse d’Angleterre.
Il rassembla une armée avec le petit nombre de fidèles au service du roi et quelques Gascons, dont Gaston VII qu’il appela à son secours. Lors de la bataille qui l’opposa à Simon V de Montfort, ce dernier est battu et tué sur place.


Tension avec le prince d’Angleterre.
Gaston VII avait organisé le mariage de ses filles avec de très beaux partis : le comte d’Armagnac Gueraud VI pour Mathe, Roger-Bernard III de Foix pour Margueritte, Henri d’Angleterre, petit-fils d’Henri III pour Constance, sa fille aînée (1266). L’Anglais sera assassiné par Simon de Montfort en Italie à son retour de croisade en 1271, privant ainsi Gaston VII de la possibilité d’avoir un petit-fils susceptible de lui succéder. Aussi décide-t-il de se remarier en 1273 avec Béatrice de Savoie afin d’engendrer lui même un fils. Frustré par le fait qu’Edouard 1er ait inclus dans le contrat de mariage une clause où Béatrice devait renoncer à ses droits sur le Viennois, Gaston se rebella une nouvelle fois contre l’autorité anglaise. Le Béarn fut envahi par les troupes d’Edouard 1er commandées par Jean de Grailly, lieutenant général de Gascogne, et Gaston VII dut se diriger vers le château de Saint Boués où il fut assiégé. Gaston fit appel au roi de France pour arbitrer le conflit, ce qui obligea Jean de Grailly à se retirer. Lors de l’arbitrage fait à Paris en 1274, Gaston VII, toujours aussi vif et querelleur, insulta les représentants du roi anglais et injuria même Edouard. Philippe III le Hardi, outré par ce comportement, somma le vicomte de faire ses excuses publiques et de se rendre à Londres pour implorer le pardon du souverain anglais, ce qu’il fit. En guise de punition, Gaston fut enfermé 3 mois au château de Winchester, avant d’être libéré grâce à la médiation de sa fille Constance, mais ses terres avaient été saisies par Jean de Grailly.
Gaston ne fut finalement pardonné par Edouard 1er qu’en 1278. Ses terres lui furent alors restituées.

 

Expédition en Navarre.

De retour en Gascogne, Gaston VII participa à l’expédition en Navarre pour soutenir les droits de la jeune Jeanne 1ère apparentée à la famille royale française mais dont l’autorité était contestée par les partisans de la Castille et de l’Aragon.
En 1276, Philippe III de France envoya le sénéchal de Toulouse, Eustache de Beaumarchais, défendre les intérêts de Jeanne dans son royaume de Navarre. Mais disposant d’effectifs insuffisants, il ne put s’imposer face à une population en pleine guerre civile. En situation difficile à Pampelune, Eustache de Beaumarchais lança un appel à l’aide auquel répondit une armée méridionale, sous les ordres de Robert II d’Artois, dans laquelle se trouvaient les seigneurs languedociens, Gaston VII et son gendre Roger-Bernard III de Foix, Esquivât IV de Bigorre, Gueraud VI d’Armagnac. Ils vinrent donc porter secours au sénéchal de Toulouse, Eustache de Beaumarchais. Ceux-ci s’emparèrent de Pampelune en Septembre 1276 et y commirent tellement d’atrocités que toute la Navarre se soumit à Jeanne de Navarre.

 

Nouvelle invasion de la Bigorre.

Gaston s’en prit une nouvelle fois à son voisin Esquivât IV de Bigorre auquel il reprocha de s’être rapproché, sans l’avoir consulté, du parti navarro-français en concédant officiellement Lourdes à Jeanne de Navarre. Edouard d’Angleterre intervint pour empêcher un conflit entre ses deux vassaux gascons. A la mort d’ Esquivât IV en 1283, Gaston occupa la Bigorre, au nom des droits de sa fille Constance, en raison des dispositions testamentaires de Pétronille de Bigorre. Mais dès l’année suivante, il dut remettre le comté à Jean de Grailly car le comté était également revendiqué par Laure de Chabanais pour Esquivât IV.

 

Lutte entre les maisons de Foix-Béarn et d’Armagnac.

Dans son testament du 21 Avril 1290, Gaston VII de Béarn légua toutes ses possessions à sa fille aînée Constance, comtesse de Bigorre et de Marsan. Seuls les vicomtés de Brulhois et de Gabardan, limitrophes du comté d’Armagnac, furent transmises à Mathe de Béarn, épouse de Gueraud VI.
Sans postérité, Constance testa en faveur de sa sœur Margueritte, mariée à Roger-Bernard III, comte de Foix, vicomte de Castelbon, seigneur puis coprince d’Andorre. Ce dernier prit possession de la vicomté de Béarn par la force. Malgré la plainte de l’évêque de Lescar, le roi de France laissa faire, car il avait besoin du soutien du comte de Foix contre les anglais. Il se contenta de confisquer les châteaux de Lordat et de Montréal et l’invita à combattre pendant deux ans en Terre Sainte. Mais la prise de Saint-Jean-d’Acre en 1291 mit un terme définitif à la présence franque en Palestine.
Bernard VI, comte d’Armagnac, fils de Guéraud VI et de Mathe de Béarn, la sœur cadette de Margueritte, lui contesta la possession du Béarn. Cette succession contestée fut à l’origine de plus d’un siècle de lutte entre les maisons de Foix-Béarn et d’Armagnac. Roger-Bernard III participa au siège de Saint-Sever, en avril 1295 et fut nommé gouverneur des évêchés d’Auch, de Dax et de Bayonne, où il dut faire face à Bernard VI, qui vivait dans le voisinage.