Naissance et évolution
L’origine de la vicomté de Béarn remonterait au IXe siècle.
A cette époque, le Béarn était un petit territoire qui correspondait à une dizaine de cantons situés au nord-est de notre département. Géographiquement, il comprenait la vallée moyenne du gave de Pau avec son encadrement de coteaux entre Nay et Maslacq, les collines du Vic-Bilh et des Luy. Morlaàs était la résidence seigneuriale des premiers vicomtes de Béarn.
La politique d’expansion du Béarn reposa sur deux méthodes couramment utilisées à l’époque : les mariages et la guerre. La première méthode permit parfois de mettre un terme à la seconde !
Les mariages eurent des effets spectaculaires avec l’incorporation au Béarn des vicomtés d’Oloron et du Montanérès.
En effet, le dernier vicomte d’Oloron, Aner II Loup ayant une fille pour héritière, il accepta de la marier à Centulle IV, dit le Vieux, en 1025.
La vicomté d’Oloron, correspondant au diocèse d’Oloron, englobait les vallées montagnardes de Barétous, d’Aspe et d’Ossau ainsi que celle du gave d’Oloron.
De fait, la vicomté rassemblait désormais dans une même principauté les diocèses d’Oloron et de Lescar.
Il fallut attendre le mariage de Gaston IV de Béarn, dit le Croisé, avec Talèsie de Montamer pour connaître une nouvelle expansion de la vicomté de Béarn avec l’intégration de la vicomté de Montanérès.
L’expansion à l’ouest fut plus douloureuse et se fit au prix de nombreuses guerres acharnées entre Béarnais et Dacquois. L’ambition de Centulle IV, le Vieux, se tournait désormais vers son voisin de la vicomté de Dax. Cette vicomté comprenait les terres de la région de Dax, de la région de Salies et d’Orthez entre les deux gaves, les pays de Mixe et d’Ostabaret ainsi que la Soule qui devint une vicomté distincte en 1023.
Les premiers combats débutèrent avec Centulle IV, le Vieux, jusqu’à son assassinat par les troupes souletines en 1058 lors d’une embuscade tendue au vicomte.
En 1077, le Béarn s’agrandit de la vicomté d’Acqs ainsi que d'Orthez et Salies, devint pleinement indépendant, les ducs de Gascogne abandonnant leurs droits de suzeraineté.
Centulle V dit le Jeune, continua le combat jusqu’en 1082 où il fut lourdement battu par les Dacquois. De nombreux chevaliers béarnais furent tués à cette occasion.
Gaston IV de Béarn, homme de guerre redoutable, mit fin à ce conflit à l’avantage des Béarnais. Il réussit à vaincre la coalition des vicomtés de Dax et de Soule entre 1090 et 1095. Il occupait désormais tout le secteur des portes de Mauléon à celles de Dax, avec les pays de Mixe et d’Ostabaret.
La lutte fut interrompue par son départ pour l’Orient et reprit, toujours à son avantage, au début du XIIe siècle. Pour occuper le territoire conquis, il fit construire la place forte de Montgiscard. En 1105, il accepta de signer une paix de compromis par laquelle il restituait Mixe et Ostabaret mais conservait les paroisses situées dans le triangle Orthez - Bellocq - Sauveterre. Le Bec des gaves lui échappait.
Début XIIe, les frontières du Béarn sont à leur maximum et ne vont varier que très peu jusqu’à la Révolution.
Autorité et influence des vicomtes de Béarn
Si ses frontières varièrent peu, l’autorité et la zone d’influence des princes béarnais évoluèrent quelque peu tout au long de l’histoire de la vicomté, et plus particulièrement au XIIIe siècle.
Vicomte de Béarn et de Soule
En 1052, le duché de Gascogne fut annexé par le duc d’Aquitaine, cousin de Sanche Guillaume, Guillaume IX de Poitiers, duc d’Aquitaine, fils et successeur de Guillaume VIII de Poitiers dit Gui Geffroi déclara que Centulle IV avait rempli les devoirs d’un vassal fidèle et qu’il avait rendu des services importants au duc d’Aquitaine. En reconnaissance, Guillaume donna à Centulle IV le domaine de Fiens, la propriété de Salies, le château de Garesse, la seigneurie souveraine de la Soule, telle qu’elle appartenait au comte des Gascons et les 12 gîtes que ce comte avait droit d’occuper depuis Clarac jusqu’à Argagnon en Béarn et depuis Argagnon jusqu’à Sainte-Marie d’Oloron vicomte de Béarn pendant que le roi continua d'être le doyen du château de Mauléon.
C’est ainsi que les ducs de Gascogne abandonnèrent leurs droits de suzeraineté sur le Béarn.
Vicomte de Béarn, de Soule et de Brulhois
La vicomté de Béarn fut unie à celle du Brulhois en 1134
Vicomte de Béarn, de Soule, de Gabardan et de Brulhois et seigneur de Captieux
Au cours de cette même année 1134, suite au mariage de Pierre II de Gabarret avec Guiscarde de Béarn, les vicomtés de Béarn et de Gabardan furent réunies.
Désormais le Gabardan demeura dans le sillage du Béarn. Toutefois les Princes béarnais se souviendront de Gabarret, berceau de leurs ancêtres paternels et leurs accorderont coutumes et privilèges.
La vicomté de Gabardan possédait de nombreux fiefs en bazadais, comme la baronnie de Captieux qui fut également sous influence béarnaise suite à l’union des deux maisons.
Vicomte de Béarn, de Gabardan et de Brulhois et seigneur de Captieux
En 1152, la vicomté de Soule échappa à l’autorité béarnaise suite au mariage d’Aliénor avec Henri II Plantagenêt, comte d’Anjou et duc de Normandie, le duché d’Aquitaine et celui de Gascogne furent unis à l'empire Plantagenêt. Ce gigantesque empire comprenait l'Angleterre, la Normandie, l'Anjou-Maine-Touraine.
Vicomte de Béarn, de Marsan, de Gabardan et de Brulhois, comte de Bigorre et seigneur de Captieux
En 1196, suite à son mariage avec Pétronille de Comminges ou de Bigorre, héritière du comté de Bigorre et de la vicomté de Marsan, Gaston VI de Béarn devient vicomte de Béarn, de Marsan, de Gabardan et de Brulhois, mais également comte de Bigorre et seigneur de Captieux.
XIVe siècle
Gaston Ier de Foix (Gaston VIII de Béarn) succéda à son père, sous la tutelle de sa mère car il n’avait que treize ans. Il rejoignit l’ost royal avec 100 chevaliers et un millier de sergents et participa peut-être à la bataille de Courtrai, le 11 juillet 1302. Revenu dans ses États, il lutta contre son cousin germain Bernard VI, comte d’Armagnac qui lui contestait le Béarn, mais le roi Philippe le Bel les obligea à conclure la paix le 25 décembre 1303.
Il repartit combattre pour le roi en Flandres et participa à la bataille de Mons en Pélève, le 18 août 1304. Ses villes fuxéennes se révoltèrent contre les agents royaux qui voulaient lever une aide pour financer la poursuite des guerres flamandes. Gaston VIII soutint ses administrés et refusa de livrer les meneurs. Après une saisie partielle du comté de Foix par le sénéchal de Carcassonne, Gaston rentra en grâce.
En 1308, il fut de nouveau en guerre contre l’Armagnac, malgré les ordres contraires du roi. Gaston fut convoqué par ce dernier au Châtelet. Le roi lui interdit toute guerre privée et le libéra contre une amende de 36 000 livres.
Il hérita de la vicomté de Marsan en 1310, à la mort de sa tante Constance de Moncade. Il participa ensuite à une nouvelle guerre contre la Flandre, mais tomba malade et mourut à Maubuisson, le 15 décembre 1315.
Gaston II de Foix (Gaston IX de Béarn) succéda à son père à l’âge de sept ans sous la tutelle de sa mère Jeanne d’Artois, mais celle-ci mécontenta la noblesse locale qui obtint en 1317 du parlement de Paris que Jeanne soit dessaisie de ses charges. Elle sera d’ailleurs emprisonnée sur l’ordre de son fils à partir de 1329.
Une fois majeur, vers 1325, il reprit la guerre contre les comtes d’Armagnac qui lui contestaient le Béarn. En 1329, Philippe III d’Evreux, roi de Navarre et le pape Jean XXII intervinrent pour mettre fin aux combats.
Vassal de la France pour le comté de Foix et de l’Angleterre pour le Béarn et le pays de Marsan, il se rangea dans le camp français pendant la guerre de Cent Ans et combattit les seigneurs gascons partisans du roi Edouard III. Gaston IX opéra également en Espagne, aux côtés du roi Jacques III de Majorque contre le roi Pierre IV d’Aragon. Il participa également au siège d’Algésiras par les troupes chrétiennes d’Espagne, mais y trouva la mort, le 26 septembre 1343.
Né en 1331, Gaston III Fébus de Foix-Béarn succéda à son père à l’âge de 12 ans (1343) sur des territoires morcelés (à l'ouest : Béarn, Marsan et Gavardan ; à l'est : Foix, Basses-terres albigeoises, Lautrec ; au milieu le Nébouzan). Cette disposition conduisit les rois rivaux de France et d'Angleterre à ménager le Comte de Foix pour éviter qu'il ne passa dans l'autre camp. Avec cette stratégie, les domaines de Gaston Fébus furent préservés des affres de la guerre.
D'abord fidèle au roi de France Philippe VI de Valois, il prit part à l'expédition de Calais (Août 1347). Puis l'avènement du roi de France Jean II le Bon changea la donne (22 Août 1350). Le nouveau Roi prit le parti des Armagnacs, ennemis héréditaires des Foix-Béarn. Gaston Fébus refusa de rendre hommage au roi de France pour le Béarn et Jean II le fit arrêter (Juillet 1356). Libéré après la défaite française de Poitiers (19 Septembre 1356), Gaston Fébus alla en Prusse combattre aux côtés des Chevaliers Teutoniques.
Revenu en France (1358), Gaston III secourut la duchesse de Normandie et les Dames de France assiégées par les Jacques (révolte paysanne) dans la citadelle de Meaux.
En janvier 1360, le Comte d'Armagnac et son gendre, Jean de Poitiers et duc de Berry, envahit le comté de Foix. Malgré une trêve (Juillet 1360), le conflit dura jusqu'à la bataille de Launac (5 Décembre 1362). Grâce à l'aide des Grandes Compagnies (de mercenaires), le clan des Armagnac subit une cuisante défaite et le comte Jean Ier, capturé, ne fut libéré que contre une très forte rançon (Avril 1365). Cet argent permit à Gaston Fébus d'entretenir à Orthez une cour fastueuse mais cela ne mit pas un terme à la rivalité entre les Maisons d'Armagnac et de Foix-Béarn.
À ce conflit se rajouta désormais directement celui avec Jean, duc de Berry, gendre du comte d'Armagnac. Le roi de France Charles VI avait nommé le duc de Berry, lieutenant général du Languedoc (1373). Cela relança le différend Foix-Armagnac de plus belle ! Devant la mauvaise gestion du duc de Berry, le roi Charles V donna la charge à Gaston Fébus (mai 1380). A l'avènement du roi Charles VI le Fol, Jean de Berry réussit à reprendre le gouvernement du Languedoc (19 novembre 1380) mais les languedociens maintinrent le comte de Foix comme gouverneur et capitaine général de fait. Evidemment la guerre contre le clan Armagnac, ces derniers toujours aidés par le duc de Berry, persévéra.
En 1390, sans doute impressionné par le roi de France Charles VI, Fébus fit de lui son successeur et décéda à Orthez en 1391. Cependant, un cousin, Mathieu de Foix-Castelbon, réussit à lui succéder.
Principal concerné, le comte de Toulouse, Raymond VI était particulièrement conscient du danger que cela pouvait représenter et pressentait de dramatiques évènements. Afin d’être en mesure de gérer au mieux cette nouvelle crise, il entreprit de liquider son contentieux avec Richard Cœur de Lion en Aquitaine en épousant sa sœur en 1196. Ce mariage lui apporta l’Agenais en dot. En 1198, il signa un traité avec son rival, Pierre II d’Aragon, pour mettre fin à des décennies de guerres intestines.
Gaston VII s’éteignit 4 ans plus tard (26 avril 1290) après 61 ans de règne agité, mettant ainsi fin à la dynastie des vicomtes de Béarn, les domaines béarnais furent désormais dominés et disputés par la dynastie des comtes de Foix et celle des comtes d’Armagnac, avant d’intégrer le domaine royal en 1607.
Particulièrement pieux, il ordonna dans son testament que son successeur à la tête de la vicomté envoie en Terre Sainte et y entretienne 5 hommes d’armes pour compenser le fait qu’il ne s’y soit pas rendu lui-même de son vivant.
En 1296, il érigea Pamiers en évêché et entra immédiatement en lutte avec Bernard Saisset, le premier évêque qui refusa d’admettre le droit de paréage du comte et l’excommunia. Cet évêque, prônant un fort sentiment anti-français, entra en lutte avec le roi Philippe le Bel, qui soutint Roger-Bernard III et entra en lutte contre le pape Boniface VIII. En 1301, il se rendit à la cour du roi à Senlis, y négocia le mariage de son fils avec Jeanne d’Ártois, princesse capétienne, et mourut à son retour à Tarascon, le 03 Mars 1302.