Les princes de Béarn au XIIIe siècle

Travaux de recherche historique sur le Béarn médiéval

← Retour aux travaux de recherche

Les princes de Béarn au XIIIe siècle

Pour comprendre la situation du Béarn au XIIIe siècle et l’influence aragonaise en terre béarnaise, il faut remonter jusqu’au milieu du XIe siècle.

Un Aragonais à la tête du Béarn

Si l’on veut bien appréhender la situation du Béarn au XIIIe siècle et comprendre un peu mieux l’influence aragonaise en terre béarnaise, il faut remonter le cours de son histoire jusqu’au milieu du XIe siècle.

Centulle V et l’affirmation du Béarn

En 1058, Centulle V, surnommé le Jeune, devient vicomte de Béarn et le restera jusqu’à sa mort en 1090. Il est également comte de Bigorre à partir de 1080, sous le nom de Centulle Ier.

Son règne est marqué par une autonomie accrue de la vicomté de Béarn face aux ducs d'Aquitaine, dont il est théoriquement le vassal, et qui laissent peu à peu les liens de vassalité se déliter. Ces derniers lui accordent même la Vicomté d'Acqs, les Pays d'Orthe et de Salies.

Vers 1060, il épouse sa cousine Gisèla, qui lui donne un fils : Gaston.

En 1074, cette union est annulée sous l'injonction du Pape Grégoire VII en raison de leurs liens de consanguinité prohibés par l'Église.

Trois ans plus tard, il épouse Béatrix 1ère, comtesse de Bigorre qui donne naissance à deux fils, Bernard III et Centulle II qui deviendront successivement comtes de Bigorre.

En 1090, à l’appel du roi Sancho Ramirez, Centulle V part à la tête des troupes béarnaises pour participer à la prise de Huesca, en Aragon. Il est traîtreusement assassiné dans la vallée aragonaise de la Teña.

Gaston IV, dit le Croisé

Gaston succède à son père sous le nom de Gaston IV de Béarn.

En 1096, Gaston IV se croise en compagnie de son frère consanguin, Centulle de Béarn.

De retour de cette Première croisade, au cours de laquelle il s’est taillé une réputation d’homme de guerre redoutable, Gaston IV, désormais surnommé Le Croisé, reprend sa lutte pour l’expansion du Béarn vers l’ouest. Au terme de 10 ans de lutte avec son voisin de la vicomté de Dax, il obtient les paroisses situées dans le triangle Orthez - Bellocq - Sauveterre mais le Bec des gaves lui échappe.

En 1099, il épouse une princesse de la famille royale d'Aragon, Talèsie de Montamer, fille de Sanche, comte d’Aïbar et Javièrre-Latre, frère naturel de Sanche Ier Ramírez, roi d’Aragon et de Montaner.

Toujours en lutte contre les musulmans, Gaston IV de Béarn est tué le 24 mai 1131 sans que l’on sache exactement à quel endroit d’Espagne.

Régences et tutelle aragonaise

A la mort de son mari, Talèsie assure la régence avec l’aide d’un conseil de nobles, leur fils Centulle VI étant encore mineur.

En 1134, suivant les traces de son père, Centulle VI participe à la Reconquista espagnole et trouve la mort au côté d’Alphonse Ier d’Aragon à la bataille de Fraga, le 7 septembre 1134.

A nouveau frappée par le destin, la vicomté passe à Pierre, fils de Guisarde, sœur aînée de Centulle VI. Trop jeune pour régner, c’est encore Talèsie qui continue à assurer la régence jusqu’à sa mort en 1136. La régence est alors confiée à Guisarde.

Déclaré majeur en 1147, Pierre II de Béarn, vicomte de Béarn, de Gabardan et de Brulhois règne sur le Béarn jusqu’à sa mort en 1153.

A sa mort, Guiscarde assure de nouveau la régence mais elle meurt peu de temps après, en 1154.

L'assemblée béarnaise place alors Gaston V de Béarn, fils de Pierre II de Béarn, sous la tutelle de Raimond-Berenger IV de Barcelone, dit le Saint.

A sa majorité, Gaston V de Béarn épouse vers 1165 Béatrice de Navarre, fille de Garcia Ramirez de Navarre, roi de Navarre, et d'Urraca de Castille, fille naturelle de Alphonse VII de Castille.

Il se fait moine de l’Ordre de Malte et meurt sans descendance, le 30 avril 1170.

Marie de Béarn et l’arrivée des Moncade

Marie de Béarn succède alors à son frère mais à cette époque, elle est toujours célibataire et Alphonse II d’Aragon, dit le Chaste, voit dans ce célibat une opportunité inespérée d’incorporer définitivement le Béarn aux pays de la Couronne d’Aragon. Pour se faire, il organise le mariage de la vicomtesse de Béarn avec un grand seigneur catalan : Guillaume de Montcada (Montcada qui deviendra plus tard Moncade en Béarn). Le mariage est célébré à Saragosse en mars 1171 et Guillaume de Moncade prête aussitôt serment d’hommage à son roi pour les nouvelles terres qu’il détient en Aquitaine.

En 1173, Marie de Béarn donne naissance à deux fils jumeaux : Gaston et Guillaume Raymond. La vicomtesse de Béarn se retire dès lors dans un couvent à Montesquieu-Volvestre, aux confins du Pays de Foix.

Afin de ménager la susceptibilité des béarnais, Guillaume de Moncade n’est pas choisi comme tuteur de ses fils et cesse d’exercer les fonctions de vicomte après leurs naissances au profit de leur nouveau tuteur, Pélegrin de Castellarzuelo, seigneur de Barbastro et d’Alquejar, ricombre d’Aragon.

Cette même année, une délégation béarnaise se rend au monastère où Marie s'est réfugiée pour lui demander de leur remettre l'un de ses fils jumeaux nouveau-nés. Marie accepte et leur remet Gaston, qui deviendra Gaston, sixième du nom.

C’est ainsi que la dynastie des Moncade s’installe en Béarn !

Gaston VI, dit le Bon

En ce début de XIIIe siècle, c’est Gaston VI de Béarn et d’Oloron, dit le Bon, qui est à la tête de la vicomté. Connu de l’autre côté de la frontière comme Gaston, seigneur de Tortosa et Fraga et Gaston VI de Moncade, le Bon.

Déclaré majeur en 1187, à l’âge de 14 ans, et bien qu’aragonais, c’est en tant qu’héritier légitime de la lignée des Gabarret que Gaston VI va diriger le Béarn.

A Huesca, le 3 février 1187, suivant l’exemple de son père, Gaston VI de Béarn confirme la mainmise aragonaise, en prêtant serment d’hommage à Alphonse II au titre de la vicomté de Béarn.

En 1196, Alphonse II d’Aragon s’immisce une nouvelle fois dans les affaires de la vicomté en arrangeant le mariage de Gaston VI de Béarn avec Pétronille de Comminges ou de Bigorre, sa cousine, héritière du comté de Bigorre et de la vicomté de Marsan.

L’enfant aux mains ouvertes, selon la légende béarnaise, va diriger la vicomté jusqu’à sa mort en 1214.

Guillaume II et l’expédition de Majorque

Sans descendance, Gaston VI de Béarn laisse, par testament, la succession à son frère jumeau, Guillaume-Raymond qui devient Guillaume II, vicomte de Béarn, de Marsan, de Gabardan et de Brulhois mais également seigneur de Moncade et de Castelviel en Catalogne.

Plus préoccupé par les problèmes liés à la noblesse catalo-aragonaise, dont les familles se disputent l’influence du jeune roi Jacques Ier d’Aragon, Guillaume II reste éloigné du Béarn et se consacre à la préparation de l’invasion des Baléares.

De retour en Catalogne, après de nombreux voyages en Béarn, il soutient une position agressive au conseil qui se tient à Salou, pour planifier l'invasion. En septembre 1229, il commande le premier vaisseau de la flotte partie vers Majorque. Lors de l’assaut sur la plage de Portopi, en vue de se diriger vers Palma, Guillaume II trouve la mort en compagnie de 8 chevaliers de sa lignée, dont son neveu Raymond.

Gaston VII, dit Froissard

A la mort de son père, Gaston VII de Béarn, dit Froissard, étant trop jeune pour diriger le Béarn c’est sa mère, Garsende de Provence qui assure la régence de la vicomté jusqu’à sa majorité.

Devenu vicomte de Béarn, Gaston VII honore la promesse faite par son père le 22 février 1228 à Henri de Trubevyl, sénéchal du roi d'Angleterre, et prête serment à Henri III pour toutes les terres situées en Gascogne (Béarn, Gabardan, Brulhois et Captieux).

Cet instant marque la fin de l’influence aragonaise sur le Béarn et le début de l’allégeance progressive à l'Angleterre.

Gaston VII de Béarn est un vaillant guerrier qui passe pour être bon et fidèle aux Béarnais et redoutable pour ses ennemis. Très souvent allié des Français, il guerroie contre les Anglais, détenteurs du duché de Guyenne.

Gaston VII de Béarn règne sur la vicomté durant plus de 61 ans jusqu’à sa mort le 26 avril 1290.

Avec la mort de Gaston VII de Béarn, c’est la dynastie des vicomtes de Béarn qui s’éteint ! Désormais, les domaines béarnais vont être dominés et disputés par la dynastie des comtes de Foix et celle des comtes d’Armagnac, avant d’intégrer le domaine royal en 1607.